Mo Ibrahim : la promotion de la bonne gouvernance

Il est l’un des milliardaires les plus engagés en Afrique. Son combat : la lutte contre la mauvaise gouvernance en Afrique et la promotion de la bonne gouvernance. Il s’appelle Mohamed « Mo » Ibrahim. Son nom en dit aujourd’hui beaucoup : de la Fondation Mo Ibrahim à l’indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique.

Qui est Mo Ibrahim ?

Mo Ibrahim est un anglo-soudanais né au soudan  en Nubie en 1946. Un véritable africain de naissance et de conviction. Mo Ibrahim poursuit ses études en Angleterre à l’Université Alexandrie où il obtient sa licence en électrotechnique. Poursuivant ses études dans la même discipline, il décroche une maitrise  à l’Université de Brandford.

Mo Ibrahim commence sa carrière professionnelle en Angleterre où il travailla dans plusieurs entreprises. Il passe un temps chez British Telecom avant d’être appelée par la filiale du même groupe Cellnet lors de sa création en 1983. Il occupa le poste de Directeur technique pendant 6 ans.

Au même moment, Mo Ibrahim poursuit ses recherches en Télécommunication mobile, il en sort nanti d’un Ph.D.

Après avoir travaillé et gagner assez d’expérience, il se lance dans l’entrepreneuriat en créant en 1989 MSI (Mobile Systems International).  Cette société est alors spécialisée dans la conception de réseau mobile. Le marché lui est favorable, c’était l’époque de la vulgarisation du réseau mobile  dans les pays développés. MSI offre donc ses services à plusieurs sociétés dans plusieurs pays : Royaume uni, Etats unis…Dans ces pays la société crée même des filiales (dans près de 17 pays).

Le rachat de  sa  société en 2000 par Marconi company à une valeur estimée à 900 millions de dollars, peu de temps après avoir scindé MSI de la quelle découlait en 1998 MSI-cellular Investment  lui permettra de fond pour lancer Celtel (la continuité de la dernière), l’une des sociétés pionnières de la téléphonie mobile en Afrique. Un projet fou à l’époque, mais l’avenir lui à donner raison. Celtel connait un succès fulgurant et s’implante dans plusieurs pays africains.

En 2005, Celtel comptant un certain nombre de millions d’utilisateurs est vendu à une valeur de 3.4 milliards de dollars à MTC Koweït. À partir de ce moment Mo Ibrahim s’est consacré entièrement à sa vocation, celle de la lutte pour la bonne gouvernance en Afrique au travers de la création en 2006 de la Fondation Mo Ibrahim. Une fondation dont les locaux sont installés à Londres. Aujourd’hui Mo Ibrahim se dit être un homme libre.

Au-delà de ses brillantes études sanctionnés par de nombreux diplômes, au-delà de sa réussite professionnelle à partir de laquelle il aura apporté une solution aux besoins de nombreuses populations en terme de communication dont il doit son surnom de Roi des réseaux mobiles en Afrique, au-delà de sa richesse qui est évaluée à près de 2 milliards de dollars, Mo Ibrahim, en homme libre se bat chaque jour pour faire passer un message d’espoir pour l’Afrique. Encore que l’Afrique soit loin d’être son seul champ de bataille, en vérité il réfléchit à comment apporter une meilleure qualité de vie aux populations de tous les pays, ceci en limitant le moins possible les gaspillages c’est-à-dire les actes de corruption et autres qui font retarder les opportunités de développement des pays.

Son identité africaine fortement ancrée en lui, alors même qu’il connaissait un succès phénoménal en Europe avec sa carrière et son entreprise le MSI, Mo Ibrahim se posait la question du non implantation d’opérateurs qui développeraient la télécommunication mobile en Afrique. La réponse : elles ont peur, elle pense qu’il n’existe pas de marché… Aussitôt Mo Ibrahim fit immédiatement ses bagages pour aller créer Celtel. D’après lui, il n’y avait aucun doute sur la présence d’un marché. Il savait que le besoin existait, tout simplement parce qu’en Afrique contrairement aux pays développés il n’existait pas autant de moyens de communications entre les personnes. Si en Europe avec une infrastructure élargie et dense pour faciliter le trafic et avec les systèmes de courrier, et plusieurs moyens de transport, la télécommunication mobile ait pu dénicher un marché, ça ne serait pas en Afrique où aucun de ses moyens n’était suffisamment développé que le marché ne serait pas réceptif. Ils reviendraient moins cher d’utiliser un réseau mobile pour faire passer un message que d’utiliser les moyens traditionnels encore moins efficaces en termes de rapidité.

Mo Ibrahim est l’homme qui dérange

Tant par ses idées, son combat que par sa posture. En effet, avec la création de sa Fondation en 2006, le milliardaire a  été au cœur de deux réalisations principales qui si leur importance en terme de promotion de la bonne gouvernance est apparent, font par contre grincer pas mal de dents.

La première : l’IIAG (Ibrahim Index of African Governance), en français l’indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique. Cet indice permet de mesurer la gouvernance en Afrique dans les 54 pays en ce jour. Il se base sur quatre éléments essentiels :

  • L’Etat de droit et la sécurité
  • Les Droits de l’homme et la participation
  • Développement économique durable
  • Développement humain

D’après Mo Ibrahim, son objectif était  de mettre sur la table la question de la gouvernance de sorte que tout le monde en parle non pas seulement au sens poétique mais qu’elle soit véritablement réelle, concrète, claire et mesurable d’où L’indice. Il donne alors une visibilité aux pays et dirigeants sur leurs niveaux de gouvernance.

La deuxième réalisation est le PRIX IBRAHIM DU LEADERSHIP D’EXCELLENCE. Ce prix doit être décerné chaque année aux anciens  dirigeants qui ont véritablement développés leurs pays  en améliorant les conditions de vie de leurs populations.

Ces critères de sélection sont :

  • Etre un ancien chef d’Etat africain
  • Ayant quittés ses fonctions au cours des trois dernières années écoulés
  • Ayant été élu démocratiquement
  • Ayant respecté la durée de mandat prévu par la constitution de son pays
  • Ayant fait preuve d’un leadership exceptionnel.

Aux lauréats, le prix octroie un montant de 5 millions de dollars sur une période de 10 ans ainsi qu’une pension annuelle de 200 000 dollars par la suite.

Depuis son initiation en 2007, le prix a été décerné à seulement quatre chefs d’Etat africain à savoir :

  • En 2007, Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique
  • En 2008, Festus Mogae, ancien président du Botswana
  • En 2011, Pedro Pires, Cap vert
  • En 2014, Hifikepunye Pohamba, Namibie.

Depuis, la fondation ne trouve pas de lauréat.

La Fondation Mo Ibrahim est également l’instigateur de plusieurs autres activités notamment en faveur de la promotion du leadership des jeunes en Afrique. Des programmes de bourses d’études et d’accompagnement ont été offerts.

Depuis 2009, la fondation organise une conférence annuelle appelée « Ibrahim forum » afin d’échanger sur les questions touchant l’Afrique.

En tout cas on retiendra de Mo Ibrahim, un homme d’exception, un homme qui n’a pas oublié ses racines, le type d’homme dont l’Afrique d’aujourd’hui a besoin pour bâtir l’Afrique de demain.

Arrivant au terme de cette présentation, nous n’avons pas trouvé meilleur moyen de clôturer que  sur ses propres mots : « La beauté de ma situation c’est que je  n’ai besoin de rien ni de personne. Je ne cherche pas un contrat, je ne cherche pas de permis d’exploitation, je ne cherche pas un emploi. Je suis sans emploi. Je n’ai pas besoin que quelqu’un m’embauche. Donc, je suis une personne libre. Et en tant qu’homme libre, je me lève et je dis ce que je pense. Ils aiment cela tant mieux. Ils n’aiment pas cela, c’est leur problème. Donc, si nous ne parlons pas pour changer les choses, rien ne va changer ! Nous ne devrions pas nous autocensurer sinon rien ne va changer. »